Viande, jeux à somme positive et virologie : résumé de mes réflexions hivernales

J’ai passé beaucoup de mon temps libre cet hiver à lire et à réfléchir. J’ai l’impression d’avoir beaucoup évolué sur le plan philosophique, même. J’ai changé assez drastiquement de point de vue sur quelques sujets.

Toute cette réflexion se passe principalement dans ma tête et occasionnellement lors de discussions. Ce qui signifie que mon blogue est… cruellement sous-utilisé. L’écriture, comme le dit l’entrepreneur et essayiste Paul Graham, est une excellente façon de clarifier sa pensée. Il m’arrive de me pencher sur des sujets dont j’ai déjà traité, et de ressentir l’agréable impression d’avoir réglé le dossier, de le maîtriser assez pour avoir une position cohérente. Quand je note dans les médias l’utilisation confuse d’un concept comme le racisme, par exemple, je comprends immédiatement ce qui se passe et c’est en bonne partie grâce à mon article sur le sujet. Ce sentiment est beaucoup plus rare pour les sujets sur lesquels je n’ai pas écrits, même s’ils occupent une grande place dans mon esprit.

Alors il est temps de l’utiliser un peu plus, ce blogue. Je commence par résumer quelques sujets importants auxquels j’ai réfléchi; sans doute en développerai-je certains et en ajouterai-je d’autres, mais ce sera une autre fois.

La vie d’un cochon vaut-elle la peine d’être vécue?

J’ai décidé de cesser, dans la grande majorité des situations, de manger du porc et du poulet.

La question de la consommation d’aliments d’origine animale me travaille beaucoup depuis des années. Jusqu’ici, je n’avais jamais atteint le stade où l’on considère moralement inacceptable de manger des animaux, même si je reconnaissais l’existence d’arguments intéressants. Tout au plus, j’acceptais l’idée qu’il était préférable de limiter sa consommation de viande, surtout pour des raisons environnementales.

Puis j’ai lu cet article, lauréat de la 2e place à un concours d’essais où deux personnes ayant des positions opposées devaient analyser les arguments des deux côtés et atteindre une position commune. Ici, une personne végétarienne et une omnivore ont attaqué l’aspect éthique de la consommation de viande. Allez lire l’article, mais en résumé, voici les règles que je me suis données après l’avoir lu. On veut savoir s’il est acceptable de manger un être vivant X :

  1. X est-il conscient? La question de la conscience est compliquée, mais je crois que c’est le principal critère pour savoir si un être a une importance éthique. Si X n’est pas conscient, on peut le manger. Sinon :
  2. X existerait-il si on ne voulait pas le manger? Il est invraisemblable de croire que les animaux élevés pour leur viande continueraient d’exister si un tel élevage n’était pas économique. Si la réponse ici est oui (par exemple, si X est un animal sauvage), il est probablement inacceptable de le manger.
  3. La vie de X valait-elle la peine d’être vécue? Si l’élevage pour la viande est responsable de l’existence de X, est-ce que cette existence était une bonne existence? Était-elle, au net, plus positive que négative? Si c’est non (par exemple, parce que l’animal vit dans la torture physique et psychologique constante de la naissance à la mort), alors on ne devrait pas le manger.

Je croyais jusqu’à récemment que seul un petit nombre d’animaux, en plus des humains, étaient conscients au sens d’avoir une vraie expérience du monde : éléphants, cétacés, grands singes. J’ai mis à jour mon modèle : je crois qu’on peut raisonnablement considérer tous les mammifères et probablement les oiseaux dans cette catégorie. Je pense que les poissons, mollusques (à l’exception possible des pieuvres et autres céphalopodes), crustacés et insectes n’y appartiennent pas et peuvent donc être mangés.

Parmi les mammifères et oiseaux, les cochons et les poulets sont sans doute ceux qui sont le plus souvent élevés dans des conditions industrielles horribles. Leur vie semble être, au net, négative. Alors, sauf peut-être lors de rares exceptions où on peut me prouver les conditions éthiques de leur existence, je n’en mange pas.

Je mange encore d’autres mammifères, car leur existence semble généralement acceptable. L’élevage leur donne donc des vies qui valent la peine d’être vécues. J’essaie quand même (avec un succès mitigé) de limiter le bœuf, qui a le pire bilan environnemental de toutes les sources de nourriture.

La politique est un sport et le sport c’est un jeu à somme nulle peu productif

J’ai déjà écrit un article où je comparais la politique au sport. La comparaison est encore pertinente, mais maintenant je vois le sport comme la politique sous un jour plus négatif.

Il s’agit dans les deux cas de jeux à somme nulle. C’est-à-dire que la somme des gains et des pertes des participants, au final, est de zéro. En politique comme en sport, le nombre de gagnants est fixe, et les participants sont en compétition pour les quelques places au soleil. Corollaire : il y a beaucoup de perdants.

(Ce ne sont pas les seuls jeux à somme nulle. L’un d’eux, assez important et proche de la politique, est celui qui consiste à essayer d’obtenir une bonne réputation publique, par exemple en publiant des tweets

Or il existe des jeux qui sont à somme positive. Il s’agit de toute activité qui consiste à créer de la richesse. La richesse, c’est quoi? C’est ce que les gens veulent. N’importe quoi. Dès qu’on crée quelque chose que les gens veulent — une œuvre d’art, un meuble, un repas, un service de livraison de repas, une entreprise — on ajoute quelque chose au monde qui n’y était pas. C’est mieux que de faire la compétition à des gens pour gagner un prix.

J’ai réalisé ceci en écoutant les podcasts de Naval Ravikant sur la création de richesse.

Et du jour au lendemain, j’ai perdu une grande partie de mon intérêt (probablement excessif) pour la politique. J’ai aussi commencé à beaucoup moins lire les nouvelles. Comme j’étais un news junkie, c’est sans doute une bonne chose.

(Mais c’est relatif, hein, je continue de suivre la primaire démocrate américaine dans le menu détail, je peux juste pas m’en empêcher)

To startup or not to startup

Les podcasts/articles de Naval Ravikant, qui est un entrepreneur de la Silicon Valley, ont réactivé cette vague ambition que j’avais de lancer une startup. La lecture des essais de Paul Graham, un autre entrepreneur de la Silicon Valley, ont… rendu moins vague cette ambition.

Il y aurait plusieurs bonnes raisons de se lancer dans une affaire aussi folle. Ce serait extrêmement motivant, alors que je peine, dernièrement, à trouver de la motivation dans la plupart des choses que je fais. Je pense que c’est en partie parce que je ne suis pas assez ambitieux. Alors avoir des ambitions comme créer une compagnie qui va offrir un produit que les gens veulent vraiment, ça semble être une bonne solution.

J’ai réalisé aussi que la meilleure façon d’apprendre plein d’affaires (dont tout ce qui touche le business) c’est de le faire soi-même. Mieux encore, en prenant sur soi la responsabilité. Et quoi de plus intense que d’être responsable d’une compagnie?

Mais la meilleure raison est que ça semble vraiment le fun. Pas mal plus que d’avoir une job (et ce même si j’ai d’excellents collègues. Allo les collègues qui me lisent!), ce qui revient au fond à travailler sur le projet de quelqu’un d’autre.

Alors j’y pense beaucoup, ces temps-ci. J’essaie de trouver de bonnes idées (c’est important, mais moins qu’il n’y paraît à première vue, selon Paul Graham). J’essaie d’identifier des problèmes que je pourrais résoudre. Je lis beaucoup sur le sujet.

Le principal obstacle, en fait, c’est que je ne sais pas avec qui je pourrais me lancer là-dedans. Faire une startup seul est risqué! Et pas mal moins le fun, j’ai l’impression. Mais trouver un cofondateur est extrêmement difficile, car c’est un engagement énorme. Ça me semble pas mal plus compliqué que de trouver un partenaire romantique, par exemple. Surtout quand, comme moi, on est vraiment poche côté réseautage.

(Fait que, faites-moi signe si ça fait partie de vos rêves inassouvis et que ça vous tente de travailler en fou pendant les 3-5 prochaines années!)

Nos amis les coronavirus

Le COVID-19 est probablement pire que ce qu’on entend dans les médias. Il est déjà au Québec et ce n’est qu’une question de temps avant qu’il se répande.

(Fun fact : je venais de tomber malade, probablement de la grippe, le jour où on a confirmé le premier et jusqu’ici seul cas au Québec. Pendant un très court instant j’ai cru que c’était moi. Mais je ne suis pas allé en Iran ou en Chine récemment, alors c’est fort peu probable.)

L’incertitude autour du virus fait qu’il est difficile d’avoir des informations fiables. Les journalistes ne sont pas tellement mieux équipés que la personne moyenne pour juger de la meilleure chose à faire. Plusieurs gouvernements ont déjà prouvé leur relative incompétence sur la question. Que faire? Aucune idée, mais ça ne peut pas nuire d’être un minimum préparé, en ayant par exemple des réserves de médicaments et de nourriture pour quelques semaines, d’un coup qu’une crise se pointe.

Le meilleur outil pour suivre la progression du virus semble être cette page de l’université John Hopkins.

Le site ItsJustTheFlu, mis à jour quotidiennement, contient des liens vers les dernières nouvelles du COVID-19 et des conseils très exhaustifs (et sans doute excessifs dans plusieurs cas), en plus de tourner en ridicule, comme il se doit, l’idée que le coronavirus, « c’est juste une grippe ».

2 commentaires


  1. > La question de la conscience est compliquée, mais je crois que c’est le principal critère pour savoir si un être a une importance éthique. Si X n’est pas conscient, on peut le manger.

    Je serais intéressé à connaitre votre résonnement pour arriver à la conclusion que c’est le principal critère.

    La conscience est un sujet particulièrement difficile à articuler. Le récent livre « Rethinking Consciousness: A Scientific Theory of Subjective Experience » est le premier à mon avis à arriver à une explication satisfaisante du phénomène. Ce livre n’explore cependant pas la question éthique, qui est très pertinente par rapport aux animaux et à l’intelligence artificielle.

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    1. Très difficile à articuler, en effet. Chaque fois que j’essaie d’en parler, j’ai l’impression de tourner autour du vrai concept sans parvenir à l’exprimer vraiment.

      C’est le principal critère pour accorder un statut moral à n’importe quoi, qu’il s’agisse d’un animal ou éventuellement d’une intelligence artificielle. Pourquoi? Parce que sans conscience, un plaisir ou une douleur infligés à une entité ne sont réellement ressentis (au-delà d’un simple mécanisme physiologique) pour aucun être capable d’en faire réellement l’expérience.

      Je ne sais pas si c’est une frontière parfaite entre méritant un statut moraux et êtres n’en méritant pas, mais je ne vois pas quelle autre frontière utiliser (et il y a certainement une, de frontière).

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