L’île de Bermeja

Détail d’une carte de White, Gallagher et White (1828). L’île de Bermeja est à peu près au centre, près du bord nord de l’image.

  • Où : dans le golfe du Mexique, à proximité du Yucatan
  • Quand : mentionnée en 1539, placée sur de nombreuses cartes jusqu’au 20e siècle, jamais trouvée lors de recherches en 1997 et en 2009
  • Fait cocasse : il y a des commentaires de Mexicains fâchés sur l’emplacement de l’île dans Google Maps
  • Décharge de responsabilité : ce qui suit est une théorie du complot et ne saurait en aucun cas être pris pour du cash

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1996. Un modeste bateau de pêche sillonne les eaux calmes du golfe du Mexique. Aucune autre embarcation n’est visible alentour. Droit devant, une très petite île — à peine un roc dépassant la surface de l’eau.

Le bateau de pêche s’appelle Dolores. Son nom est peint en lettres bleues sur la coque blanche. Il semble parfaitement normal, à quelques détails près.

D’abord, il arrive du nord-ouest. Pourtant, la côte la plus proche, celle du Yucatan, est au sud-est. C’est que le bateau n’est pas mexicain, malgré son nom et le pavillon qui flotte au-dessus de la cabine. Il a quitté, pendant la nuit, un petit port du sud du Texas. Sa présence dans les eaux territoriales du Mexique est illégale.

À bord, une vingtaine de personnes. Tous des Américains. La moitié sont des professionnels de la plongée sous-marine. Aucun d’eux ne s’est jamais adonné à la pêche en haute mer.

D’ailleurs, il n’y a pas le moindre équipement de pêche sur la Dolores.

Il y a cependant beaucoup de ceci : des explosifs.

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Pas si loin au nord de la position actuelle de la Dolores, on trouve ce qui s’appelle un trou de beigne : une région de la mer qui ne relève d’aucun pays, mais qui est entourée par des eaux territoriales, en l’occurrence celles du Mexique et des États-Unis. Les limites de ce trou de beigne ne sont cependant pas précisément définies. Elles dépendent de la proximité des terres émergées appartenant aux deux États, mais doivent encore faire l’objet d’un traité.

Or, une compagnie a récemment découvert, sous les eaux des environs, un important gisement de pétrole.

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La Dolores ralentit et s’immobilise à proximité de l’île de Bermeja. C’est une toute petite chose — à peine un roc dépassant la surface de l’eau — et pourtant elle projette la souveraineté du Mexique à des centaines de kilomètres à la ronde. Si elle n’existait pas, les États-Unis pourraient s’attribuer une bonne part du champ pétrolifère.

Quelqu’un a dit ceci à la CIA, et la CIA a répondu par une question : pouvait-on la faire cesser d’exister?

On pouvait.

Le soleil est au zénith tandis que les plongeurs enfilent leurs combinaisons. Les bonbonnes d’air sont disposées en rang d’un côté du bateau. Les charges d’explosifs, de l’autre.

Au moment où les plongeurs se mettent à l’eau, un marlin bleu s’élance hors de la mer et décrit une majestueuse courbe avant de retomber près de la Dolores. Heureusement pour lui, personne ne tentera de le pêcher aujourd’hui.

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