L’île Emerald

Détail d’une carte de l’Antarctique de August Heinrich Petermann (1912). L’île Emerald, dont le nom n’est pas souligné de rouge, est à mi-chemin entre la Nouvelle-Zélande et l’Antarctique, donc environ au centre à droite.

  • Où : au sud de l’île Macquarie, elle-même au sud de la Nouvelle-Zélande
  • Quand : aperçue en 1821 par le capitaine Elliot du phoquier Emerald; pas retrouvée par une expédition en 1840 ni celle du Nimrod en 1909. Supposément encore visible dans un calendrier publié par American Express en 1987. 
  • À ne pas confondre avec : l’Irlande, surnommée l’île d’émeraude

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NIMROD : CHASSEURS D’ÎLES FANTÔMES

V.F. de Nimrod: Phantom Island Hunters

La nouvelle série fantastique sur l’exploration de l’océan Antarctique dont tout le monde parle!

ÉPISODE 2 : UN MYSTÈRE EN ÉMERAUDE

EXT. OCÉAN. JOUR.

On voit le Nimrod, un trois-mâts goélette, quelque part dans l’océan Austral. Il fait clair, la mer et le ciel sont bleus. Au loin, on aperçoit quelques icebergs.

INTERTITRE : Nous sommes en 1909, et les nations du monde s’intéressent à la dernière frontière de la planète : l’Antarctique. 

INTERTITRE : Après s’être lancé à l’assaut du pôle Sud, l’équipage du Nimrod, dirigé par le capitaine John King Davis1à ne pas confondre avec le pirate Edward Davis, met à profit son voyage de retour, entre Sydney et le cap Horn, pour cartographier les îles censées se trouver dans l’océan Austral. 

INTERTITRE : Après leur étonnante visite de l’archipel de la Royal Company, le capitaine et ses hommes approchent de ce qui devrait être l’île Emerald…

INT. CABINE. CRÉPUSCULE.

Le capitaine DAVIS est dans sa cabine, en train de tenter de lire un roman de Jules Vernes. Les conditions météorologiques dehors empirent, et le navire tangue beaucoup. Le capitaine finit par trouver sa lecture trop laborieuse et referme le livre.

Le second officier WILLIAMS entre dans la cabine, l’air vaguement malade lui aussi.

WILLIAMS
Nous y sommes, capitaine.

DAVIS
Et?

WILLIAMS
Rien. Enfin, la tempête rend difficile d’en faire la preuve définitive, mais je doute que l’île Emerald existe, capitaine.

DAVIS
Je vais venir jeter un coup d’œil.

Le capitaine pose son Jules Vernes sur la table à cartes. Un mouvement du navire fait tomber le livre par terre. Le capitaine le remarque, mais hausse les épaules avant de suivre son second dehors.

EXT. PONT DU NAVIRE. CRÉPUSCULE.

Il pleut, il vente et il fait gris sombre. Le Nimrod se fait balloter par la mer. Le capitaine, accompagné de Williams et d’autres marins, essaie de déterminer si on peut juger de l’existence de l’île Emerald dans ces conditions, mais c’est visiblement très difficile.

DAVIS
(en criant par-dessus le vent)
Nous allons jeter l’ancre ici et attendre le passage de la tempête.

Les marins hochent la tête et partent exécuter ses ordres.

INT. CABINE. NUIT.

Au milieu de la nuit, la tempête s’est calmée et tout est silencieux. Le capitaine est réveillé. N’arrivant pas à retrouver le sommeil, il se tourne et se retourne dans son lit. Il abandonne et décide d’ouvrir son Jules Vernes. Après quelques secondes de lecture, il réalise que quelque chose cloche : il est capable de lire alors qu’il n’a pas allumé sa lampe à l’huile. Il remarque enfin la lueur verte qui baigne la cabine et qui semble provenir de l’extérieur. Intrigué, il se lève et sort.

EXT. PONT DU NAVIRE. NUIT.

Dehors, la douce lumière verte imprègne tout. Elle vient de l’eau, pas du ciel qui est encore couvert. Quelques hommes sont là, la plupart en train de regarder la mer. Le professeur de géologie DOUGLAS boit du thé et réfléchit, accoudé à la rambarde. Le capitaine s’approche de lui.

DAVIS
Bonsoir, professeur.

DOUGLAS
Bonsoir, capitaine. Thé?

DAVIS
Sans façon.
(pause)
Les aurores australes sont lumineuses, ce soir. Je ne crois pas en avoir déjà vu de telles.

DOUGLAS
Ce ne sont pas des aurores australes, capitaine.
(il désigne le ciel)
C’est encore couvert.

Le capitaine constate que le professeur a raison. Confus, il prend conscience de l’origine marine de la lueur verte.

DAVIS
Je… je ne comprends pas. Des aurores sous l’eau? Mais… la théorie dominante parle de charges électriques dans l’atmosphère. C’est vous-même qui m’avez appris cela.

DOUGLAS
Ce ne sont pas des aurores, capitaine. C’est autre chose. Quoi, je l’ignore.
(montrant soudainement son excitation)
Il est possible que ce phénomène soit étranger à la science! Nous devons investiguer, capitaine.

Le capitaine considère ceci quelques instants, puis hoche la tête. 

DAVIS
Cette lumière a la couleur de l’émeraude. Or nous sommes censés nous trouver sur les lieux de l’île Emerald. Ce n’est pas une coïncidence.

DOUGLAS
Je me disais la même chose.

DAVIS
Réveillons l’équipe de plongée. Nous allons envoyer Fitzgibbon.

Il part donner des ordres. Le professeur sirote son thé.

EXT. PONT DU NAVIRE. NUIT.

Un peu plus tard, toute une équipe est en train de préparer FITZGIBBON, le plongeur professionnel de l’expédition. Il porte un scaphandre auquel des assistants sont en train de visser un lourd casque métallique muni de trois hublots. L’officier Williams s’occupe du téléphone : muni d’écouteurs et d’un micro, il réalise des tests de communication avec le scaphandrier. D’autres hommes manœuvrent la pompe qui alimentera le plongeur en air. Le professeur, équipé d’une lampe et d’un carnet, est prêt à noter les observations que Fitzgibbon transmettra à Williams. Le capitaine supervise le tout.

Une fois que tout est prêt, Fitzgibbon descend une échelle et plonge dans la mer verte. Les opérateurs de la pompe entreprennent de pomper. Les opérateurs du câble déroulent du câble. On attend quelques instants.

WILLIAMS
Au rapport, Fitzgibbon?
(il écoute la réponse, puis s’adresse au capitaine)
Rien à signaler. La lueur vient d’assez profond, mais il ne sait pas à combien de pieds. Il demande de descendre à 100 pieds.

DAVIS
Autorisation de le descendre à 100 pieds.

WILLIAMS
On vous descend à 100 pieds, Fitzgibbon.

Les hommes responsables des câbles le descendent à 100 pieds.

EXT. SOUS L’OCÉAN. NUIT.

À mesure que Fitzgibbon s’enfonce sous l’eau, la lumière verte se fait plus forte. Par son hublot, Fitzgibbon scrute le fond, à la recherche de ce qui produit cette lumière. Soudain, il prend une expression de surprise, voire d’émerveillement. Il s’exclame, d’une voix qui nous parvient déformée par le scaphandre :

FITZGIBBON
Wow.

EXT. PONT DU NAVIRE. NUIT.

WILLIAMS
(fronçant les sourcils)
Répétez, Fitzgibbon?

Il attend la réponse. Le capitaine s’impatiente.

DAVIS
Eh bien?

WILLIAMS
Il dit : « Wow. »

DAVIS
Wow?

WILLIAMS
Wow.

Le professeur note dans son carnet le mot « Wow ».

EXT. SOUS L’OCÉAN. NUIT.

Lentement, Fitzgibbon descend jusqu’à poser les pieds sur une surface plane, verte et brillante. Autour de lui, c’est un paysage fantastique fait d’énormes cristaux d’émeraude qui émettent de la lumière verte. Fitzgibbon est submergé par la beauté étrange de ce qu’il voit.

FITZGIBBON
J’ai atteint le fond. C’est… indescriptible.

La voix de Williams est déformée par le téléphone :

WILLIAMS (V.O.)
Que voyez-vous?

FITZGIBBON
Je répète, c’est indescriptible. Je vais explorer les alentours.

Il marche lentement vers un gouffre, y jette un coup d’œil.

WILLIAMS (V.O.)
Le capitaine demande que vous essayiez quand même de décrire ce que vous voyez.

FITZGIBBON
OK. Des cristaux. D’immenses cristaux, partout. Je pense que c’est de l’émeraude. On dirait qu’il y en a à l’infini.

Il rebrousse chemin : il est déjà assez profond, s’enfoncer dans le gouffre serait hasardeux.

WILLIAMS (V.O.)
Le professeur Douglas dit que c’est impossible qu’il s’agisse d’émeraude. C’est trop rare. Ce pourrait être du jade ou de la tourmaline, à la rigueur. Pouvez-vous décrire les cristaux?

FITZGIBBON
Hexagonaux. Translucides. Vert émeraude. La lumière semble venir des cristaux eux-mêmes.

WILLIAMS (V.O.)
Pouvez-vous en prélever un échantillon?

FITZGIBBON
Je vais essayer, mais je pense qu’ils sont trop gros. Il me faudrait des outils.

Il s’approche d’un cristal de taille modeste, dont le diamètre est celui de ses mains. Il essaie de trouver une manière de le casser, mais n’y parvient pas.

WILLIAMS (V.O.)
Fitzgibbon, nous allons vous remonter pour vous munir d’outils.

FITZGIBBON
Compris.

Il se laisse tirer vers le haut par le câble.

EXT. PONT DU NAVIRE. NUIT.

Fitzgibbon n’a plus son casque ni ses gants, et il est en train d’esquisser ce qu’il a vu dans un carnet. L’équipage s’active tout autour en prévision de sa deuxième descente. Le professeur lui pose des questions dont il note les réponses.

DOUGLAS
Un gouffre, dites-vous?

FITZGIBBON
Oui. Cela s’enfonçait assez profondément, au moins 50 ou 60 pieds plus bas. Il y avait des… des canaux secondaires, ou des fissures. Cela semblait étrangement organisé. Ça paraîtra ridicule, sans doute, mais cela m’a fait penser aux rues d’une grande ville. Je ne suis pas sûr, mais j’ai même cru voir des formes s’y mouvoir.

DOUGLAS
Des créatures marines? De quel genre?

FITZGIBBON
Je ne saurais dire.

DOUGLAS
Fitzgibbon, tout ceci est véritablement fascinant!

Le capitaine, un peu plus sceptique, s’adresse à Fitzgibbon :

DAVIS
J’ai hâte de voir les échantillons. Tout est prêt pour la deuxième descente.

Fitzgibbon acquiesce et termine son dessin. L’équipe lui remet son casque.

EXT. SOUS L’OCÉAN. NUIT.

De retour sur le plancher d’émeraude/jade/tourmaline, Fitzgibbon, armé d’un pic, s’affaire minutieusement à casser un bout de cristal. Soudain, le cristal sur lequel il travaille clignote, perdant brièvement sa luminosité, puis devenant plus brillant que le reste, avant de reprendre sa brillance d’origine. Fitzgibbon, ne comprenant pas, interrompt son travail et jette un œil aux alentours, mais tout semble normal. Il continue.

FITZGIBBON
Ça vient de… de clignoter.

WILLIAMS (V.O.)
Clignoter comment, Fitzgibbon?

Avant qu’il puisse répondre, il détache un bout de cristal, et la lumière verte disparaît, le plongeant dans l’obscurité totale.

EXT. OCÉAN. NUIT.

On voit le Nimrod sur la mer. La lumière verte provenant d’en bas disparaît d’un coup. Seuls les quelques points des lampes à l’huile restent visibles.

EXT. PONT DU NAVIRE. NUIT.

Sur le pont, on entend des exclamations de surprise. Quelques hommes allument d’autres lampes. Le professeur note tout ce qui se passe. Le capitaine se dirige précipitamment vers le bord pour regarder l’eau.

DAVIS
Qu’est-ce qui se passe?

WILLIAMS
Qu’est-ce qui se passe, Fitzgibbon? Répondez, Fitzgibbon.
(pause)
Bordel, Fitzgibbon, répondez!

DAVIS
Remontez-le.

Les opérateurs commencent à enrouler le câble.

WILLIAMS
Fitzgibbon, si vous m’entendez, tirez sur le câble deux fois.

Les officiers regardent les opérateurs du câble, qui ne sentent rien et le font savoir par leur expression.

Au bout d’un moment, le bout du câble est remonté sur le navire, sans Fitzgibbon. Tout le monde constate que le câble a été sectionné. Williams se défait de son équipement téléphonique.

WILLIAMS
Putain de merde. On a perdu Fitzgibbon.

DOUGLAS
Peut-on aller le chercher?

DAVIS
(avec chagrin)
Plonger dans l’obscurité serait hasardeux. Et quelque chose a coupé ce câble, donc il existe un danger là-dessous. Les chances qu’on retrouve Fitzgibbon me paraissent minces… Je ne voudrais pas perdre quelqu’un d’autre, surtout que nous n’avons pas de meilleur plongeur que lui.

Les hommes montrent qu’ils sont d’accord, mais gardent le silence. Abandonner Fitzgibbon cause une tristesse généralisée.

DAVIS
Nous allons réévaluer la situation au matin.

L’équipage met de l’ordre dans l’équipement tandis que le capitaine rentre dans sa cabine.

EXT. PONT DU NAVIRE. JOUR.

C’est le matin, et il fait encore mauvais. La tempête a repris. Le capitaine va trouver Williams et lui fait savoir, avec une expression résignée, qu’on ne peut pas plonger et qu’on va continuer la route vers l’est.

DAVIS
On part. Tant pis pour l’île Emerald. Ou le relief sous-marin Emerald.

WILLIAMS
Et Fitzgibbon.

DAVIS
Et Fitzgibbon.

EXT. OCÉAN. JOUR.

Le navire déploie ses voiles et commence à avancer dans la tempête.

EXT. SOUS L’OCÉAN. JOUR.

Les cristaux d’émeraude ne brillent pas, mais un peu de lumière parvient de la surface. La caméra plonge dans le gouffre, effectue quelques détours dans les conduits, s’arrête devant un grand cristal. Il fait sombre, mais on distingue la forme d’un scaphandre à l’intérieur du cristal, immobile, prisonnier. Soudain, les cristaux s’allument tous en même temps.

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