Chronique d’une résurrection

I. Extinction

À ce qu’il paraît, toute personne qui vise le succès doit s’attendre à travailler dur, à fournir une quantité incroyable d’efforts, à surmonter d’innombrables difficultés, à persévérer. C’est probablement vrai. La chance et le talent jouent un rôle, naturellement, mais ils sont rarement suffisants et, surtout, sont incontrôlables. Alors il ne reste qu’à persévérer.

Facile à dire.

J’ai lancé ce blogue en sachant très bien que mon plus grand défi serait la motivation. Que d’écrire un article par semaine, chaque semaine, sans attendre rien en retour sinon les rares commentaires de mes rares lecteurs, serait difficile à soutenir pendant une longue période. Je me suis dit qu’il suffirait d’un gros effort de volonté, et que le plus dur serait au début, ou juste après le début — si jamais le blogue commençait à être lu par quelques dizaines, voire quelques centaines de personnes, la motivation s’auto-engendrerait plus facilement — mais je savais que les chances de réussite n’étaient pas spécialement grandes.

Au début, quelques commentaires élogieux m’ont aidé à tenir, et avec le plaisir intrinsèque de l’écriture c’était suffisant. Mais rapidement, je suis passé à un article par deux semaines. Puis je suis parti en voyage. Sans ordinateur pendant deux semaines, l’excuse pour ne pas écrire était idéale.

Je suis revenu de voyage avec l’intention d’écrire un article semi-humoristique sur les choses insolites d’Israël, de Jordanie et des Territoires palestiniens, mais j’ai repoussé la chose pendant quelques semaines avant d’arrêter d’y penser.

Le Étienne de mai dernier aurait été pas mal déçu d’apprendre que le Étienne de septembre allait laisser tomber tous ses efforts et les dollars investis dans l’achat d’un nom de domaine.

Le Étienne de septembre, lui, s’en fichait pas mal. Ça ne lui dérangeait pas pas plus que ça. La motivation était partie, que voulez-vous, on ne peut pas faire grand chose sans motivation.

Les Étienne d’octobre, de novembre et de décembre ont eu une pensée pour ce blogue à peu près 4 fois à la gang.

Ce qui nous amène à ce 2 janvier 2018. Je n’ai pas l’habitude de faire des résolutions du Nouvel An, mais le Nouvel An n’est pas une période pire qu’une autre pour tenter de ressusciter un projet et de tirer des leçons de 2017.

II. Purgatoire

Jusqu’ici, mon principal modèle pour la rédaction du Topographe était le blogue Wait But Why, de Tim Urban. Des articles de grande qualité, bien écrits, super intéressants, toujours drôles, souvent longs, mais longs dans le bon sens, parce qu’ils sont tellement bons qu’on a pas envie de les finir. WBW a publié de mémorables articles sur l’intelligence artificielle, la cryonie, la procrastination, Tesla et SpaceX, entre autres listes de présidents américains.

Seul problème : en 2017, WBW a publié un grand total de… 1 article.

Tim Urban n’écrit pas des articles de blogue. Il écrit des livres qu’il publie sur son blogue. Écrire des livres prend du temps. Surtout lorsqu’on veut en écrire de bons.

C’était un mauvais modèle. En tout cas, sur le plan de la motivation à écrire et à publier.

En parallèle, depuis environ 1 an, j’ai commencé à m’intéresser à quelque chose qu’on peut appeler la « communauté rationaliste ». Il s’agit d’une communauté existant principalement sur Internet (mais aussi dans la vraie vie) qui s’intéresse à des questions comme l’épistémologie et les biais cognitifs — comment sait-on ce qu’on sait, et comment peut-on mieux savoir? Des sujets qui reviennent également souvent dans cette communauté sont l’intelligence artificielle (ses bénéfices, mais aussi ses risques), l’allongement de la vie, l’avancement technologique, et ainsi de suite. Tout cela gravite autour de sites comme Less Wrong et mon nouveau blogue préféré, Slate Star Codex.

C’est ce dernier qui sera mon modèle dorénavant.

Je ne sais pas exactement comment Scott Alexander, l’auteur de Slate Star Codex (également un psychiatre), fait pour écrire à une grande fréquence (parfois plusieurs fois dans une même semaine) des articles aussi intelligents et longs que les siens. Mais j’arrive à discerner quelques éléments de réponse :

  • Pas ou peu d’images, sauf lorsqu’elles jouent un rôle important. Je me suis rendu compte que de dessiner des images nécessite beaucoup de travail, et c’est rarement nécessaire.
  • Peu de niaisage sur les réseaux sociaux. J’ai lu des guides sur le marketing internet qui disaient de soigner son facebook et son twitter. Très franchement, ça ne donne pas grand-chose pour un petit blogue et c’est surtout une perte de temps.
  • Pas d’horaire de publication. Les articles viennent quand ils sont prêts.
  • Une communauté forte de lecteurs, qui fait que chaque article est commenté plusieurs centaines de fois.

Le dernier point est un idéal à atteindre, mais les autres peuvent dès maintenant être appliqués au blogue que vous êtes en train de lire.

III. Réincarnation

Le Topographe change de nom — je me suis rendu compte, et ça m’a mis légèrement mal à l’aise, que « topographe » est une vraie profession dans certains pays francophones, et ma page facebook se fait régulièrement liker par des Malgaches ou des Algériens (qui visiblement n’en ont pas vraiment lu le contenu). Désolé les amis, ça n’a rien à voir. (Je vais laisser la page facebook en ligne, ne serait-ce qu’en tant qu’expérience : combien de likes peut obtenir une page qui ne publie rien?)

Il y aura également des changements de sujets. J’hésiterai moins à publier des articles de nature politique, parce qu’il me semble que certains discours sont trop peu présents dans l’espace politique. Je vais peut-être me casser les dents là-dessus, mais on verra.

L’un des objectifs de la nouvelle mouture du blogue sera de diffuser en français certaines des idées qui circulent dans la communauté rationaliste.

Mieux encore : je rêverais que mon blogue contribue à une communauté québécoise et francophone de rationalistes. Il existe une telle communauté à Montréal (et je pense que je commence à en faire partie), mais elle fonctionne surtout en anglais. Ce n’est pas étonnant, parce que le phénomène est d’abord et avant tout américain. Pour que le mouvement prenne de l’expansion au Québec (et éventuellement dans le reste de la francophonie), il lui faut du matériel de qualité en français.

En fait, l’objectif ultime de Cartographier tout et n’importe quoi serait la création d’une communauté de lecteurs (à la fois virtuelle est physique, à Montréal). Mais là je rêve peut-être un peu en couleurs.

Enfin, il va naturellement falloir que je publie la très attendue dernière partie de ma série sur les premiers ministres du Québec. Ça va venir, ne vous inquiétez pas.

5 commentaires


  1. Bien hâte d’en apprendre plus sur le « rationalisme », si ça se dit! Ça m’intrigue. Courage ☺ Tu aimes écrire (ça transparaît) et le fait à merveille.

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  2. Hello Etienne,

    J’ai lu et j’aime beaucoup ton article. Tu écris tellement bien, ça se lit tout seul. Continue! Je sais ce que c’est d’écrire, publier, et n’avoir que très peu de retour. Ne perdons pas notre motivation.

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  3. Wouhou, nouveau record de commentaires! Merci, ça motive 🙂

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  4. C’est inspirant de voir un blogue comme le tiens en français. J’ai moi-même souvent envie de participer à la discussion du coté anglophone via un blog, mais je déplore le manque de ressources francophones quand j’essaie d’introduire mes amis non-bilingues à ces idées.

    Tes billets explorent souvent des idées intéressantes de façon originale et divertissante alors je t’encourage à persévérer! Tu viens de créer un raccourci dans mes favoris.

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    1. Ouais, la blogosphère francophone est forcément beaucoup moins fournie que l’anglophone, notamment sur mes sujets de prédilection. Je me suis dit que le déficit n’allait pas se résorber tout seul!

      Merci pour l’encouragement!

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